source : http://www.midwiferytoday.com/articles/parisconfr.asp Celine Lemay sage femme québecoise.

En plein milieu du congrès de Midwifery Today, en pleine nuit je me suis réveillée, ce qui n'est pas très nouveau dans mon cas et je suis restée éveillée une partie de la nuit, ce qui n'est pas nouveau non plus. Cependant ce n'était pas mes travaux ou mes lectures qui me tiraillaient mais bien les émotions suscitées par ma présence en terre de France entourée de sages-femmes françaises et de la réalité de l'accouchement là-bas: 90% de péridurales, hypermédicalisation de la naissance. Les femmes et les sages-femmes souffrent… Je devais écrire les pensées et les larmes qui m'habitaient.

La pensée obstétricale est traversée par la peur.

Les femmes ont peur.

Mais au lieu de développer des comportements pour être rassuré et se rassurer la pratique obstétricale a développé la technique autour de la naissance comme réponse à la peur. Illusion…

Si les intervenants étaient rassurés par la technique, ils seraient rassurants, ce qui n'est pas le cas. L'hypermédicalisation témoigne alors d'une hyper-peur. La réponse technique à la peur des femmes leur donne une rassurance fugace et partielle en plus de nourrir l'illusion que plus de technique pourra peut-être enfin régler le problème. Elles acceptent en général cette logique circulaire et vicieuse qui les maintient dans la dépendance et les aliène de leur expérience de la maternité. La pratique obstétricale devient alors une forme institutionnalisée, normalisée et structurée autour de la notion de «c'est pour son bien» de violence faite aux femmes… et que les femmes demandent et acceptent, croyant que c'est pour le bien de leur enfant. Si c'est nécessaire d'être saoul pour ne pas sentir la douleur en déboulant un escalier, cela devient presque nécessaire d'avoir une péridurale pour ne pas souffrir de la violence obstétricale.

Plus besoin de parler de la société patriarcale

Nous avons maintenant la société obstétricale.

La péridurale ne permet pas seulement de supporter la douleur de l'enfantement, elle permet de supporter la violence de la cascade d'interventions au nom du bien-être de l'enfant. La violence: contre l'intégrité du corps de la femme et contre l'unité mère/enfant

La fuite donne souvent plus d'importance à ce que l'on fuit. L'obstétrique est souvent une fuite en avant.

L'abus de la pensée obstétricale a transformé la pratique en régime qui fait le mème effet sur les femmes que le régime taliban: il les rend invisibles.

Nous avons été des enfants doués (cf. Le drame de l'enfant doué), nous sommes maintenant des patientes douées…

Le principe éthique le plus fondamental (selon Kant) est de toujours considérer l'Humain comme une fin et non pas comme un moyen.

La Dérive Obstétricale

A partir du moment où la mère et l'enfant sont considérés comme deux personnes séparées (dans leur corps et leurs intérèts), ET à partir du moment où l'on affirme que le seul but est d'avoir «un beau bébé en santé», la femme devient alors UN MOYEN pour atteindre ce but. Et la femme va tout accepter… Parce qu'elle est la mère… Elle va accepter d'être suivie (ou plutôt traquée), testée, échographiée, ponctionnée, perfusée, monitorée, attachée, à jeun mais droguée, coupée, violée par des forceps, ouverte au scalpel.

Elle va accepter de ne pas accoucher, de se faire accoucher (c'est plus sûr n'est-ce pas?), de ne pas mettre au monde son enfant mais que le monde lui prenne son enfant. Pour le bien de son bébé, parce qu'elle est sa mère…

Facile de faire une diversion autour des risques des lieux pour l'enfantement, cela permet de ne pas se rendre compte que la femme est de plus en plus considérée comme un lieu de risque pour son enfant à naitre. Avant on était sûr que le fœtus était protégé par sa mère. Maintenant, on considère qu'il devrait être protégé «de» sa mère…

Je suis si fatiguée… c'est à dire si triste….

Pouvez-vous, vous sage-femme, donner à ces travaux une autre conclusion? Une ouverture? Un espoir?